ARPA
Association Romande des Parents d'Aveugles et malvoyants
Pascale Domon
Prés-Guëtins 48
2520 La Neuveville

info@arpa-romand.ch

 

 

Aller au contenu
Présentation Publication Contact Statuts Liens
Numéro 51 de Avril 2002Orientation spatiale

Orientation spatiale des handicapés de la vue
Il est difficile pour nous, voyants, d'imaginer ou de comprendre comment les handicapés de la vue se représentent l'espace. Mme Yvette Hatwell, de l'Université Pierre Mendès France à Grenoble a présenté des travaux sur ce sujet.

Je vais essayer de résumer ses propos un peu techniques.

Pour localiser un objet dans l'espace, on peut utiliser plusieurs systèmes de référence:
· la référence "égocentrée": où l'observateur situe les objets par rapport à son propre corps ( "à ma gauche" ) ou par rapport à une partie de son corps (la tête, les mains,..)
· La référence "exocentrée": où la localisation se fait par rapport à des indices extérieurs stables ("devant la fenêtre","sous la table")

Quand un observateur se déplace, ses évaluations faites de manière égocentrée doivent être corrigées: si j'ai tourné autour de la table, la chaise qui était à ma droite est maintenant en face de moi!
La localisation exocentrée est donc plus fiable car elle est indépendante des mouvements de l'observateur.

Chez l'homme, les systèmes qui permettent d'accéder aux connaissances spatiales sont la vision, l'audition, le toucher et la proprioception (sensibilité du système nerveux aux informations sur les postures et mouvements du corps).
Dans l'espace, la vision est plus importante que les autres sens pour se situer. Quand la vision est défaillante, le toucher prend le relais.
En raison de ses caractéristiques propres, le toucher peut-il conduire à la formation du même type d'espace que celui auquel accèdent les voyants?

Avec les mains, on peut situer un objet par rapport à un autre: une chaise à droite du banc, la tasse devant l'assiette...mais il est difficile de situer un objet par rapport au mur de la pièce par exemple.
Les aveugles ont donc tendance à préférer la référence égocentrée, ce qui exige des remises à jour permanentes lors de déplacements.

Les travaux de M. Flawell et de ses associés(1981) ont montré que:
· a) un enfant voyant sait qu'un observateur situé tout près de lui, aura le même point de vue que lui (= niveau 1 acquis dès 3 ans)
· b) un enfant voyant sait qu'un observateur placé ailleurs , par exemple en face de lui, aura un point de vue différent du sien (= niveau 2 acquis dès 4 ans et demi)

M. Miletic a, quant à lui, travaillé avec 6 enfants aveugles, 6 malvoyants et 6 voyants (1994,1995). L’âge moyen de ces enfants était de 8 ans 7 mois.
Les enfants ont appris à disposer sur une plate-forme grillagée(grilles verticales ,horizontales et obliques), des objets (cercle, rectangle ou triangle). Pendant l’apprentissage, ils ont pu vérifier qu’en faisant tourner la plate-forme, les objets « montraient » des faces différentes selon la rotation.
Pour le test, un objet était placé sur la plate-forme. Les enfants l’exploraient et devaient ensuite placer sur une plate-forme identique ce même objet selon des points de vue différents. Comme si quelqu’un regardait la forme en étant placé à côté de lui, puis en se déplaçant de 45°, de 90°, de 135°,180°(= de l’autre côté de la plate-forme),225°, 270° et 315°.

Tous les enfants ont acquis le niveau 1. Dès qu’il y a rotation autour de la plate-forme, aucun aveugle donne une réponse correcte, sauf quelques- uns pour la position à 180°.Les réponses des malvoyants sont très supérieures à celles des aveugles, malgré quelques fautes.

Les travaux de Mme Hatwell sont évidemment beaucoup plus complexes, et se terminent par des appréciations sur des aveugles adultes, avec des indications de matériel à utiliser pour les déplacements.
L’enseignant qui me parla de ce sujet m’a aussi expliqué les déplacements d’enfants aveugles dans un local. Pour apprendre à connaître la pièce, ils partent ,dos à la porte, vers la fenêtre située face à eux. Toujours dos à la porte, ils iront ensuite vers le mur de droite, pour repérer un objet. Toujours du même point de départ, ils vont ensuite vers le mur de gauche, identifier un objet différent de celui de droite.
Quand ils ont bien en tête la disposition de la pièce, on leur demande de retrouver, par exemple la fenêtre en partant non pas de la porte, mais d’un autre point de repère connu( mur de droite, fenêtre…)En général, les enfants aveugles n’y arrivent pas, à quelques exceptions près !

Cela donne à réfléchir, et pour ma part, m’incite à plus de tolérance envers les difficultés d’orientation dans l’espace de ma fille !

C.A


<< Editorial:
Témoignage >>
Retour aux titres du Bulletin